Les rigidités salariales nominales en France: existe-t-il un biais de perception ?

Banque de France - PARIS - 2018

La compréhension du comportement d’ajustement des consommateurs aux chocs de richesse fait l’objet d’une littérature très importante en macro-économie (e.g. Reis, 2006), largement centrée sur l’analyse de cadre intégrant des hypothèses de rationalité limitée et/ou des coûts élevés d’acquisition ou de traitement de l’information.
Dans ce projet, nous proposons de tester la pertinence empirique de ces hypothèses en nous concentrant sur la perception des niveaux et évolutions de salaires. Plus précisément, nous tirons parti de la comparaison de l’information sur les salaires perçus déclarés dans l’Enquête Emploi et des salaires réellement perçus tels que reportés dans les sources fiscales de l’ERFS (et les DADS) pour quantifier les biais de perception potentiellement à l’œuvre.
Usuellement considérés dans la littérature comme des erreurs de mesure (e.g. Dickens et al., 2007), nous exploitons leur asymétrie et les caractéristiques des individus les déclarant afin de documenter les comportements d’arrondis ou de troncation (Lacetera et al., 2012) observés aux centaines et aux cinquantaines, le rythme des mises à jour (e.g. selon les transitions sur le marché du travail), la sensibilité éventuellement asymétrique ou non-linéaire aux augmentations et aux diminutions de la rémunération.
Les implications macro-économiques de ces biais comportementaux seront discutées, notamment en termes de dynamique de la consommation agrégée, de dynamique agrégée des salaires et de leur ajustement à la conjoncture (selon le modèle de négociation salariale). Enfin, la perception biaisée des salaires influe également sur les prévisions des agents, modifiant qualitativement et quantitativement l’effet des politiques monétaires.