Retour à la liste des projets

Mesures Agro-Environnementales et conventionnalisation de l’agriculture biologique

Fondation Jean-Jacques Lafont - Toulouse School of Economics - TOULOUSE - 2017

L’objectif de ce projet de recherche est de vérifier l’existence du phénomène de conventionnalisation de l’agriculture biologique et de mesurer son ampleur. La thèse de la conventionnalisation a été développée par des sociologues suite à la comparaison des anciens et nouveaux agriculteurs biologiques [Buck et al., 1997, Guthman, 2004, Hall and Mogyorody, 2001, Best, 2008, De Wit and Verhoog, 2007, Lockie and Halpin, 2005]. La thèse de la conventionnalisation postule que les premiers agriculteurs qui se convertissent à l’agriculture biologique sont motivés intrinsèquement par des questions sociales et environnementales. Les agriculteurs qui se convertissent suite à des hausses de prix ou à des incitations économiques seraient quant à eux intéressés principalement par le profit économique, responsables d’exploitations de plus grande taille, et avec des caractéristiques similaires à celles des exploitations conventionnelles : production mécanisée, intégration verticale, et aussi les mêmes stratégies de vente. Une conséquence directe de l’hypothèse de la conventionnalisation est que les agriculteurs anciennement convertis ont des pratiques généralement plus exigeantes que les cahiers de charges, et se comportent de manière vertueuse dans les dimensions non couvertes par le cahier des charges, alors que les agriculteurs convertis pour des raisons économiques auront tendance à ne jamais aller au-delà des exigences du cahier des charges, et ne seront pas vertueux dans les dimensions non couvertes par le cahier des charges. Par exemple, les récents convertis auront tendance à utiliser intensivement des traitements autorisés par le cahier des charges, comme du cuivre sur la vigne ou des pyrétrénoides sur les cultures, alors que les agriculteurs bios traditionnels auront tendance à ne pas utiliser intensivement des produits dont ils réprouvent l’usage. De même, on peut s’attendre à ce que les récents convertis au bio fassent moins appel aux énergies renouvelables, soient moins à la pointe pour le retraitement de leurs déchets et commercialisent moins leurs récoltes à travers des circuits courts. La thèse de la conventionnalisation a des conséquences importantes pour les politiques de soutien à l’agriculture biologique. En effet, le bénéfice de l’agriculture biologique pour l’environnement est généralement calculé en comparant les agriculteurs biologiques anciennement convertis aux agriculteurs conventionnels. Si la thèse de la conventionnalisation est correcte, cette comparaison surestime le bénéfice réel des nouvelles conversions, puisque les pratiques des nouveaux convertis seront moins vertueuses que celles des anciens.